
Un dragon, un soleil rayonnant, deux phénix affrontés. En soixante-dix ans, la pièce japonaise de 50 sen en argent a changé quatre fois de visage, et chacun de ces visages raconte un moment précis du Japon moderne : l'ouverture au monde, l'affirmation impériale, puis l'appauvrissement du métal à mesure que le siècle se durcit.
Deux de ces types passent aujourd'hui sur notre établi. Voici ce qu'ils sont, et ce que les gravures signifient réellement, au delà de l'exotisme.
Le sen, une monnaie née d'une réforme
Jusqu'en 1871, le Japon utilise un système monétaire hérité de l'époque d'Edo, complexe et régional. La loi monétaire de 1871 le balaie et instaure le yen, décimal, calqué sur les standards occidentaux. Un yen vaut cent sen.
Le pays sort de deux siècles et demi de fermeture. Frapper une monnaie lisible par les négociants étrangers n'est pas un détail technique, c'est une déclaration politique. Les premières pièces sont d'ailleurs gravées avec l'aide d'ingénieurs britanniques, et l'atelier d'Osaka s'équipe de presses importées.
Quatre visages en soixante-dix ans
| Type | Années | Argent | Poids | Diamètre |
| Dragon au soleil levant | 1870-1871 | 800 ‰ | 12,5 g | 31,5 mm |
| Dragon | 1873-1905 | 800 ‰ | 13,48 g | 30,5 mm |
| Soleil levant | 1906-1917 | 800 ‰ | 10,13 g | 27,3 mm |
| Phénix | 1922-1938 | 720 ‰ | 4,95 g | 23,8 mm |
Ce tableau se lit aussi comme une courbe. En cinquante ans, la pièce perd plus de la moitié de son poids et son titre d'argent recule de 800 à 720 millièmes. Ce n'est pas une décision esthétique : c'est le coût de la Première Guerre mondiale, la flambée du cours de l'argent, et un Japon qui a besoin de son métal ailleurs. La monnaie enregistre l'économie mieux que les discours.
Les deux derniers types sont ceux qui deviennent des bagues à l'atelier.
Le soleil levant, et pourquoi il revient
Le soleil rayonnant (旭日, asahi) apparaît dès les premières pièces de 1870, disparaît en 1873 au profit d'une couronne de fleurs, puis revient en 1906. C'est ce retour qui donne son nom au type frappé de 1906 à 1917.
Il n'a rien d'un motif décoratif. Le soleil est l'emblème du pays lui-même : Nihon, 日本, s'écrit avec les caractères « origine du soleil ». La déesse Amaterasu, dont la lignée impériale se dit descendante, est une divinité solaire. Remettre le soleil sur la monnaie en 1906, l'année qui suit la victoire sur la Russie, n'est pas neutre.
Détail que l'on remarque en travaillant ces pièces : le soleil est présent sur les deux types que nous forgeons. Sur le type de 1906, il occupe une face entière, cerné de fleurs de cerisier. Sur le type au phénix, il se retrouve au revers, dans un cercle qui figure le miroir sacré, l'un des trois trésors impériaux.
Le phénix, l'oiseau qui ne s'écrase pas
Le hōō (鳳凰) que l'on traduit par phénix n'est pas l'oiseau de feu occidental qui renaît de ses cendres. C'est un oiseau de bon augure venu de Chine, qui ne se montre qu'aux époques de paix et de bon gouvernement. Sa présence sur une monnaie est une affirmation politique : le règne est juste, donc l'oiseau est là.
Sur la pièce de 1922, deux phénix se font face, encadrant la valeur écrite verticalement. Au-dessus, le chrysanthème à seize pétales, sceau de la famille impériale, et le paulownia, emblème du gouvernement. Trois symboles en une seule face, qui disent l'ordre du pays.
C'est cette scène qui se retrouve à l'intérieur de notre bague Double Phoenix, tandis que l'extérieur porte le soleil et les caractères 大日本, « Grand Japon ».
Ce que valent ces pièces aujourd'hui
Aucune n'est rare. Le type au phénix a été frappé à des dizaines de millions d'exemplaires : plus de 32 millions pour la seule année 1926. On en trouve couramment entre cinq et dix euros en état correct.
Les types anciens montent davantage, non par rareté mais par poids : le dragon de 1873-1905 contient près de 11 g d'argent fin, soit plus du double du type au phénix. Comptez vingt-cinq à trente-cinq euros pour un exemplaire honnête, et bien plus pour les millésimes courts de 1870-1871.
Autrement dit, ce qui se paie ici, c'est le métal et l'état, pas la rareté. Ce qui rend ces pièces intéressantes à porter plutôt qu'à collectionner.
Deux pièces, deux bagues

Les deux types récents sont les plus fins du catalogue, et ce n'est pas un hasard : à 27 mm et 24 mm de diamètre, ils donnent des anneaux étroits, très différents des monnaies françaises de 31 mm.
La Soleil levant naît du type de 1906-1917, en argent 800 millièmes. Le disque solaire et sa couronne de fleurs de cerisier occupent la face qui devient l'extérieur de la bague.
La Double Phoenix naît du type de 1922-1938, en argent 720 millièmes. C'est notre création la plus fine, disponible jusqu'à la taille 48, ce qui en fait l'une des rares bagues du catalogue qui convienne aux doigts les plus menus.
Les deux figurent dans nos bagues japonaises.
Un mot sur le métal. À 720 millièmes, le phénix contient moins d'argent que la plupart de nos pièces françaises, qui sont à 900. Ce n'est pas un défaut, c'est la composition d'origine, et nous avons expliqué ailleurs ce que change un titre d'argent. Le cuivre supplémentaire rend la pièce plus dure, donc plus délicate à cintrer, mais il tient très bien la gravure fine dont ces monnaies sont couvertes.
Questions fréquentes
Combien vaut une pièce japonaise de 50 sen ?
Entre cinq et dix euros pour le type au phénix (1922-1938), très courant, et vingt-cinq à trente-cinq euros pour les types anciens au dragon, plus lourds en argent. Les millésimes 1870 et 1871, frappés deux ans seulement, dépassent largement ces montants.
La pièce de 50 sen est-elle en argent massif ?
Oui, tous les types en argent le sont, mais pas au même titre. Les trois premiers types sont à 800 millièmes, le type au phénix descend à 720 millièmes. Le reste est du cuivre, qui apporte la dureté.
Que représentent les deux oiseaux sur la pièce japonaise ?
Ce sont des hōō, souvent traduits par phénix. Dans la tradition venue de Chine, cet oiseau n'apparaît qu'aux époques de paix et de bon gouvernement. Sa présence sur une monnaie est donc une affirmation politique autant qu'un ornement.
Que signifie la fleur à seize pétales ?
C'est le chrysanthème impérial, sceau de la famille régnante du Japon. La fleur à cinq feuilles qui l'accompagne souvent est le paulownia, emblème du gouvernement. Les deux se retrouvent sur la plupart des monnaies de l'époque.
Peut-on encore utiliser ces pièces au Japon ?
Non. Le sen a été retiré de la circulation en 1953, quand le Japon a supprimé les subdivisions du yen. Ces pièces n'ont plus cours légal depuis plus de soixante-dix ans.
Si l'idée de porter une monnaie japonaise ancienne vous parle, découvrez La Soleil levant et La Double Phoenix, forgées à la main dans notre atelier de Broons, en Bretagne.