Bague Morgan Dollar en argent forgée dans un dollar américain du XIXe siècle, posée sur une table en bois d'esprit saloon, Moneta Créations

Le Morgan Dollar : Histoire d'une Pièce Américaine Mythique

Bague Morgan Dollar en argent forgée dans un dollar américain du XIXe siècle, posée sur une table en bois d'esprit saloon, Moneta Créations

S’il fallait résumer l’histoire du Morgan Dollar en une image, ce serait celle-ci : une grande pièce d’argent qui claque sur le comptoir d’un saloon, quelque part entre le Nevada et le Colorado. Frappé de 1878 à 1904, puis une dernière fois en 1921, le Morgan Dollar est la pièce de l’Ouest américain par excellence, celle des chercheurs d’argent, des pionniers et des grandes plaines.

Dans notre atelier breton, cette pièce a une place à part : c’est la plus grande monnaie d’argent que nous cintrons en bague. Avant de vous raconter comment un dollar du XIXe siècle finit à un doigt français, il faut vous raconter d’où il vient. Car derrière ce disque de 38 millimètres se cachent une bataille politique, un graveur anglais, une institutrice de Philadelphie et des montagnes d’argent fondues par millions.

En bref : le Morgan Dollar en un coup d’œil

Caractéristique Détail
Années de frappe 1878 à 1904, puis 1921
Graveur George T. Morgan
Alliage Argent 900 millièmes, 10 % de cuivre
Poids 26,73 g (dont environ 24 g d’argent pur)
Diamètre 38,1 mm, tranche cannelée
Ateliers Philadelphie, Carson City (CC), San Francisco (S), La Nouvelle-Orléans (O), Denver (D, 1921)
Modèle de la Liberté Anna Willess Williams, institutrice de Philadelphie
Surnom « Cartwheel », la roue de charrette

Une pièce née d’une bataille politique

L’histoire commence sous terre. En 1859, on découvre au Nevada le Comstock Lode, un des plus grands gisements d’argent jamais mis au jour. Les mines de l’Ouest déversent alors des tonnes de métal sur le marché, au point qu’en 1873 une loi monétaire retire au dollar d’argent son statut de monnaie courante : la frappe s’arrête, et les intérêts miniers crient au scandale.

Cinq ans de lobbying plus tard, ils obtiennent leur revanche. Le Bland-Allison Act, adopté en février 1878, oblige le Trésor américain à acheter chaque mois pour 2 à 4 millions de dollars d’argent et à le frapper en pièces. Il faut donc un dollar d’argent tout neuf, et vite : le premier Morgan Dollar est frappé le 11 mars 1878, quelques jours à peine après le vote de la loi.

Ce n’est donc pas un besoin d’économie qui a fait naître cette pièce, mais une victoire politique des mines de l’Ouest. Voilà pourquoi le Morgan Dollar reste attaché à cet imaginaire de la Frontière : sans l’argent du Nevada, il n’aurait jamais existé.

George T. Morgan, un graveur anglais au service de l’Amérique

Ironie de l’histoire : la pièce la plus américaine qui soit a été dessinée par un Anglais. George T. Morgan, né à Birmingham en 1845, débarque à Philadelphie en octobre 1876, recruté comme graveur assistant de la Monnaie américaine. Quand la commande du nouveau dollar arrive, c’est son dessin qui l’emporte, et la pièce prendra son nom.

Pour représenter la Liberté, Morgan refuse les profils grecs idéalisés que tout le monde copie alors. Il veut un visage américain, un vrai. Son ami le peintre Thomas Eakins lui présente Anna Willess Williams, une institutrice de Philadelphie. Elle accepte de poser à contrecœur, en cinq séances, à condition que son identité reste secrète. Morgan déclarera que son profil était le plus parfait qu’il ait vu, en Angleterre comme en Amérique.

Le secret ne tiendra pas : peu après la sortie de la pièce, la presse révèle le nom du modèle. Anna Williams reçoit des milliers de lettres, des visites à son école, une célébrité qu’elle n’avait jamais demandée. Elle balaiera toute sa vie cette gloire d’un revers de main, parlant d’un simple « incident de jeunesse ». Son profil, lui, sera frappé à des centaines de millions d’exemplaires.

Lire un Morgan Dollar : avers, revers et marques d’atelier

Prenez un Morgan Dollar en main et tout se lit. À l’avers, la Liberté de profil porte un bonnet phrygien ceint d’un bandeau « Liberty », garni d’épis de blé et de coton, les deux richesses agricoles du pays. Autour d’elle, la devise « E Pluribus Unum », treize étoiles pour les treize colonies fondatrices, et le millésime. Sur la coupe du cou, un minuscule « M » : la signature du graveur.

Au revers, un aigle déploie ses ailes, serrant dans ses serres trois flèches et un rameau d’olivier, la guerre et la paix. Au-dessus de lui, « In God We Trust » en lettres gothiques ; autour, « United States of America » et « One Dollar », soulignés d’une couronne de laurier.

C’est aussi au revers, juste au-dessus du mot « Dollar », que se niche la marque d’atelier : aucune lettre pour Philadelphie, « CC » pour Carson City, « S » pour San Francisco, « O » pour La Nouvelle-Orléans, « D » pour Denver en 1921 seulement. Les exemplaires de Carson City, frappés à deux pas des mines du Comstock, sont aujourd’hui les plus recherchés des collectionneurs.

Grandeur, refonte et résurrection

Le Morgan Dollar est frappé sans interruption pendant vingt-sept ans, jusqu’à épuisement des stocks d’argent en 1904. Au total, la série dépassera les 650 millions d’exemplaires : les Américains, qui le surnomment « cartwheel », la roue de charrette, en remplissent les banques, les coffres et les poches de l’Ouest.

Puis vient l’hécatombe. En 1918, le Pittman Act ordonne la fonte de plus de 270 millions de dollars d’argent pour soutenir l’effort de guerre. Des montagnes de Morgan Dollars repassent au creuset et disparaissent à jamais. En 1921, la frappe reprend une seule année, le temps de préparer la pièce suivante, le Peace Dollar, qui célèbre la paix retrouvée.

Chaque Morgan Dollar survivant est donc un rescapé, passé entre les mailles de la refonte. En 2021, un siècle après la dernière frappe, la Monnaie américaine l’a d’ailleurs réédité en version de collection : les légendes ne meurent jamais tout à fait. Vous qui nous lisez depuis la France, l’histoire vous rappellera peut-être celle de nos écus : nous l’avons racontée dans l’histoire du Louis d’Or, une autre monnaie mythique fondue par millions.

Du dollar de l’Ouest à votre doigt

Chevalière L'Aigle en or, pièce américaine du début du XXe siècle ornée d'un aigle royal, création artisanale Moneta Créations

Chez Moneta Créations, nous avons eu un coup de cœur pour cette pièce. Notre bague La Morgan Dollar naît d’un authentique dollar frappé à la fin du XIXe siècle, qui a traversé l’Atlantique pour finir son voyage dans notre atelier de Broons, en Bretagne. L’aigle aux ailes déployées et la devise « In God We Trust » ornent la bague, fidèles au dessin de George T. Morgan.

Le hasard des monnaies fait bien les choses : le Morgan Dollar titre 900 millièmes d’argent, exactement comme nos grands écus français. Un alliage dense, solide, fait pour circuler de main en main, dont nous détaillons les qualités dans notre article sur l’argent 900 millièmes. La pièce est cintrée à froid, millimètre par millimètre, sans soudure ni refonte : les gravures d’origine restent intactes, simplement courbées. Nous décrivons ce travail pas à pas dans les étapes de fabrication d’une bague en pièce de monnaie.

La Morgan Dollar n’est pas seule à porter l’Amérique au doigt. La bague La Liberty, née d’un Half Dollar, affiche la devise américaine en toutes lettres, et la chevalière L’Aigle en or, forgée dans une pièce d’or du début du XXe siècle, fait dialoguer un aigle royal et un profil amérindien. Trois manières de porter le rêve américain, réunies dans notre collection de bagues américaines.

FAQ

Pourquoi la pièce s’appelle-t-elle Morgan Dollar ?

Elle porte le nom de son graveur, George T. Morgan, un Anglais de Birmingham devenu graveur assistant de la Monnaie américaine. Son dessin de la Liberté, modelé d’après l’institutrice Anna Willess Williams, fut retenu pour le nouveau dollar de 1878. Sa petite initiale « M » figure sur les deux faces de la pièce.

Le Morgan Dollar est-il en argent massif ?

Oui. Chaque Morgan Dollar contient 26,73 grammes d’un alliage à 900 millièmes d’argent et 10 % de cuivre, soit environ 24 grammes d’argent pur. C’est le même titre que les grands écus français de la même époque : un argent dense et solide, conçu pour circuler.

Combien de Morgan Dollars ont été frappés ?

Plus de 650 millions d’exemplaires entre 1878 et 1904, puis en 1921, dans cinq ateliers américains. Mais le Pittman Act de 1918 a envoyé plus de 270 millions de ces pièces à la fonte : chaque exemplaire survivant est un rescapé de l’histoire monétaire américaine.

Peut-on porter un véritable Morgan Dollar en bague ?

Oui. Dans notre atelier breton, la pièce est cintrée progressivement, sans soudure ni refonte, jusqu’à devenir un anneau. L’aigle, la devise et les gravures d’origine restent visibles : la bague est le dollar lui-même, courbé pour épouser votre doigt, et non une copie.

Le mot de la fin

Née d’une bataille politique, dessinée par un Anglais, incarnée par une institutrice et fondue par millions, cette pièce a tout d’un roman américain. Le Morgan Dollar a payé des salaires de mineurs, dormi dans des coffres de banques de l’Ouest et traversé deux guerres avant d’arriver jusqu’à nous.

Chaque bague La Morgan Dollar est fabriquée à la commande, spécialement pour son futur propriétaire, en deux semaines environ, puis expédiée avec livraison offerte en France métropolitaine. Et si l’Amérique vous appelle moins que l’Histoire en général, parcourez l’ensemble de nos créations : des monnaies de huit pays y poursuivent leur histoire, un doigt à la fois.

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