
Sur une face, les armoiries de la Belgique et une devise : L'UNION FAIT LA FORCE. Sur l'autre, le profil d'un roi. Et sur la tranche, en relief, une phrase que presque personne ne remarque : DIEU PROTÈGE LA BELGIQUE.
La pièce de 5 francs Léopold II est l'une des plus grandes monnaies d'argent jamais frappées en Belgique : 25 grammes, 37 millimètres. Elle raconte un jeune pays de trente ans qui cherche sa place, et un roi dont l'Histoire a retenu autre chose que son portrait.
Une pièce belge au format français
Si vous posez une 5 francs Léopold II à côté d'un écu Napoléon III, vous ne les distinguerez pas au toucher. Même poids, même diamètre, même titre d'argent. Ce n'est pas une coïncidence.
En décembre 1865, la France, la Belgique, l'Italie et la Suisse signent la convention qui crée l'Union latine. L'idée est simple et ambitieuse : que les monnaies de ces pays soient rigoureusement interchangeables. Un même étalon, une même valeur, un franc belge accepté à Paris comme un franc français.
| Années de frappe | 1865 à 1878 |
| Métal | argent 900 millièmes |
| Poids | 25 g, dont 22,5 g d'argent fin |
| Diamètre | 37 mm |
| Tranche | en relief, DIEU PROTÈGE LA BELGIQUE |
| Graveur | Léopold Wiener |
| Tirage total | plus de 70 millions d'exemplaires |
C'est le plus gros module d'argent de l'Union latine, et c'est ce qui en fait une excellente pièce à transformer : beaucoup de métal, beaucoup de surface gravée.
Trois inscriptions, trois messages
L'avers porte le buste de Léopold II de profil à gauche, entouré de la légende « LEOPOLD II ROI DES BELGES ». Sous le buste, la signature du graveur, LEOP WIENER.
Le revers porte les armoiries belges encadrées de deux branches nouées, la valeur faciale et le millésime, le tout ceint de la devise nationale L'UNION FAIT LA FORCE. C'est cette face qui donne son nom à notre bague.
La tranche, enfin, est gravée en relief : DIEU PROTÈGE LA BELGIQUE. Les numismates distinguent d'ailleurs deux positions selon que cette légende se lit à l'endroit ou à l'envers quand on pose la pièce revers vers le haut.
Cette troisième inscription mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle change complètement le sens de l'objet une fois qu'il devient une bague. Nous y revenons plus bas.
Léopold Wiener, une famille de graveurs
Léopold Wiener (1823-1891) appartient à une fratrie de médailleurs belges qui a marqué le siècle. Son travail se reconnaît à la netteté du profil et à la retenue : pas d'emphase, pas de couronne, un buste nu.
Ce choix a une conséquence pratique. Un relief franc mais peu profond supporte le cintrage sans que les traits s'écrasent, ce qui n'est pas le cas de toutes les monnaies. Les pièces trop bombées se déforment, celles trop plates perdent leur lisibilité.
D'où vient « L'union fait la force »
La devise n'est pas née avec la pièce. Elle apparaît avec le pays lui-même, en 1830, quand les provinces du sud se séparent du royaume des Pays-Bas. Un territoire coupé en deux par la langue, catholique au sud, néerlandophone au nord, se donne pour mot d'ordre l'union parce que c'est précisément ce qui lui manque.
Elle existe d'ailleurs officiellement dans les trois langues nationales : L'union fait la force, Eendracht maakt macht, Einigkeit macht stark. Sur les monnaies de l'époque, les deux premières se croisent selon les émissions, certaines pièces portant la légende en français et d'autres en néerlandais.
Une part d'ombre qu'il serait malhonnête de taire
Léopold II n'est pas un roi comme un autre dans la mémoire européenne. Entre 1885 et 1908, il possède à titre personnel l'État indépendant du Congo, un territoire quatre-vingts fois plus grand que la Belgique, exploité pour le caoutchouc dans des conditions qui ont provoqué l'une des premières campagnes internationales pour les droits humains. Le Parlement belge lui a retiré ce domaine en 1908.
La pièce dont nous parlons est antérieure à cette période, mais le nom qu'elle porte, lui, ne l'est pas. Nous ne pensons pas qu'un bijou doive faire semblant d'ignorer ce que l'Histoire a établi. Ce que porte cette bague, c'est le blason d'un pays et sa devise, pas l'hommage à un homme.
Ce que vaut la pièce aujourd'hui
Avec plus de 70 millions d'exemplaires frappés en treize ans, la 5 francs Léopold II n'est pas rare. Sa valeur suit d'abord son poids : 22,5 g d'argent fin, soit près d'une once, ce qui constitue un plancher solide adossé au cours du métal.
En état courant, comptez une dizaine d'euros au dessus de la valeur de fonte. Les beaux exemplaires, avec le relief du buste intact et la tranche nette, montent nettement plus haut, et certains millésimes courts sont recherchés.
Comme souvent, ce qui se paie ici, c'est l'état de conservation, pas la rareté.
Quand la tranche devient le bord de la bague

Voici pourquoi la tranche compte tellement sur cette pièce précise.
Quand une monnaie devient une bague, ses deux faces deviennent l'extérieur et l'intérieur de l'anneau. Et la tranche, elle, devient le bord, le rebord que l'on sent sous le doigt. Sur la plupart des pièces, ce bord est simplement cannelé ou lisse. Sur la 5 francs Léopold II, il porte une phrase.
C'est le genre de détail qui ne se voit pas sur une photo et qui se découvre en tournant l'objet dans la main. Le procédé de l'atelier ne le retire pas : rien n'est fondu, rien n'est limé pour aplanir, rien n'est ajouté. La tranche que vous portez est celle qui a été frappée.
Notre bague La Leopold naît de cette pièce, en argent 900 millièmes comme la monnaie d'origine. C'est la seule création belge du catalogue, et elle figure dans notre collection Belgique.
Sa parente française la plus proche est La Napoléon, née de l'écu Napoléon III, qui partage exactement le même étalon de l'Union latine. Deux pays, deux souverains, un seul format. Sur le titre du métal et ce qu'il change au porter, nous avons écrit un article dédié.
Questions fréquentes
Quelle est la valeur d'une pièce de 5 francs Léopold II ?
Elle suit d'abord le cours de l'argent, puisque la pièce contient 22,5 g de métal fin. En état courant, comptez une dizaine d'euros au dessus de cette valeur de fonte. Les exemplaires bien conservés valent sensiblement plus. Avec plus de 70 millions de pièces frappées, c'est l'état qui fait le prix.
Que signifie « L'union fait la force » ?
C'est la devise nationale de la Belgique, adoptée à l'indépendance en 1830. Elle existe officiellement en français, en néerlandais (Eendracht maakt macht) et en allemand (Einigkeit macht stark). Sur la pièce, elle entoure les armoiries du royaume.
Qu'est-ce qui est écrit sur la tranche ?
DIEU PROTÈGE LA BELGIQUE, gravé en relief. C'est une particularité des grandes pièces d'argent belges de cette période, et un détail que la plupart des détenteurs n'ont jamais remarqué.
La pièce de 5 francs Léopold II est-elle en argent massif ?
Oui, en argent 900 millièmes. Sur 25 g, 22,5 g sont de l'argent pur, le reste étant du cuivre qui apporte la dureté nécessaire à une monnaie de circulation.
Pourquoi ressemble-t-elle autant à une pièce française ?
Parce qu'elle suit le même étalon. La convention de l'Union latine, signée fin 1865 entre la France, la Belgique, l'Italie et la Suisse, fixait un standard commun : 25 g d'argent à 900 millièmes pour les pièces de 5 francs. Les monnaies des pays membres étaient conçues pour circuler indifféremment.
Si l'idée de porter le blason belge et sa devise vous parle, découvrez La Leopold, forgée à la main dans notre atelier de Broons, en Bretagne.